Résultats annuels de surveillance de la maladie de Lyme

Année 2019

La maladie de Lyme est à déclaration obligatoire au Québec depuis 2003. Les cas sont déclarés par les médecins cliniciens et les laboratoires aux autorités de santé publique de leur région qui procèdent aux enquêtes épidémiologiques pour recueillir différentes informations, dont le lieu probable d’exposition et le type de cas (probable ou confirmé).

Surveillance humaine

En 2019, 500 cas de maladie de Lyme ont été déclarés aux autorités de santé publique, dont 381 acquis au Québec (76 % des cas déclarés) (Figure 1). Le taux brut d’incidence pour les cas acquis au Québec était de 4,44 pour 100 000 personnes-années (IC à 95 % : 3,94-4,84).

Des cas de maladie de Lyme ont été déclarés dans huit régions sociosanitaires (RSS) du Québec (Tableau 1). Des cas acquis localement ont été identifiés pour la première fois dans les RSS de Laval (2 cas) et de la Capitale-Nationale (1 cas).

Le nombre de cas acquis localement est en continuelle augmentation. Il est passé de 221 en 2018 à 381 en 2019, avec un taux d’incidence 1,6 fois plus élevé en 2019. On note une forte augmentation du nombre de cas acquis en Estrie (87 à 226 cas) et en Outaouais (2 à 10 cas). La situation est relativement stable en Montérégie (96 à 102 cas). Par ailleurs, l’Estrie demeure la RSS la plus touchée par la maladie de Lyme. La majorité des cas (94 %) acquis en Estrie sont survenus dans les deux territoires du Réseau local de services (RLS) de la Pommeraie et de la Haute-Yamaska.

Figure 1 – Nombre annuel de cas de maladie de Lyme déclarés, selon le lieu d’acquisition (Québec vs hors Québec) et taux d’incidence (pour les cas acquis au Québec), Québec, 2004 – 2019 

Figure 1 - Nombre annuel de cas de maladie de Lyme déclarés, selon le lieu d’acquisition (Québec vs hors Québec) et taux d’incidence (pour les cas acquis au Québec), Québec, 2004 – 2019

Tableau 1 – Nombre de cas de la maladie de Lyme et taux d’incidence selon la RSS d’acquisition probable, Québec, 2019

Région sociosanitaire

Nombre de cas total

Nombre
de cas confirmés2

Nombre
de cas probables2

Taux d’incidence
/100 000 personnes-année

Capitale-Nationale 1 0 1 0,13 (0,00-0,53)

Mauricie et Centre-du-Québec

7

4

3

1,35 (0,56-3,10)

Estrie

226

111

115

46,18 (39,12-51,42)

Outaouais

10

5

5

2,46 (1,20-4,55)

Laval

2

0

2

0,44 (0,05-1,52)

Lanaudière

3

0

3

0,56 (0,12-1,76)

Laurentides

1

0

1

0,16 (0,003-0,76)

Montérégie

102

46

56

7,15 (5,67-8,49)

Autre1

23

13

10

-

Inconnue

6

2

4

-

Total 381 181 200 4,44 (3,94-4,84)
1 Pour ces 23 cas, il y a plus d’une RSS possible d’acquisition de la maladie de Lyme, incluant l’Estrie, la Montérégie, la Mauricie et Centre-du-Québec, Montréal, l’Outaouais, Saguenay-Lac-Saint-Jean, Capitale-Nationale, Lanaudière, Chaudière-Appalaches, Laurentides et Gaspésie.
2 Les définitions de « cas confirmé » et « cas probable » de la maladie de Lyme peuvent être consultées dans le recueil des définitions nosologiques du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec.
Sources : Direction de la vigie sanitaire, MSSS. Extraction MADO en date du 27 avril 2020; MSSS, estimations et projections démographiques basées sur le recensement de 2011.

Surveillance acarologique

Surveillance acarologique passive

La surveillance acarologique passive est réalisée par le Laboratoire de santé publique du Québec (LSPQ) qui reçoit et identifie les tiques collectées sur des humains ou des animaux et soumises volontairement par les médecins et vétérinaires. Les tiques Ixodes scapularis (I. scapularis) sont par la suite envoyées au Laboratoire national de microbiologie (LNM) pour vérifier la présence de Borrelia burgdorferi (Bb).

En 2019, le LSPQ a reçu 2 735 tiques, dont 2 054 (75 %) étaient des I. scapularis. Parmi les 1 408 I. scapularis dont la RSS d’origine était confirmée1, 1 329 (94 %) I. scapularis avaient été trouvées sur une personne, et 79 (6 %) sur un animal (principalement chien) (Tableau 2). Parmi les tiques testées, 24 % étaient positives pour Bb (23,6 % pour les tiques d’origines humaine et 24,3 % pour les tiques d’origine animale). Ces I. scapularis provenaient de toutes les régions du Québec, sauf de la Côte-Nord, du Nord du Québec et du Nunavik. C’est en Estrie, Montérégie et Outaouais que le plus grand nombre de tiques sont rapportées par ce mode de surveillance (Figure 2 et tableau 2).

Par rapport à 2018, le nombre de tiques d’origine humaine est passé de 938 à 1 329. Le nombre de tiques soumises a augmenté dans la plupart des régions par rapport à 2018, notamment en Estrie, Mauricie et Centre-du-Québec, Outaouais et Capitale-Nationale. En 2018, la proportion de tiques positives était estimée à 18 %; alors qu’en 2019, elle est estimée à 24 %.

1 Des analyses, ont été exclues les tiques I. scapularis pour lesquelles la personne ou l’animal piqué a séjourné à l’extérieur de sa RSS de résidence dans les deux semaines avant la date de retrait de la tique. Sont aussi exclues les tiques pour lesquelles l’historique de voyage de la personne ou de l’animal piqué était inconnu.

Figure 2 – Nombre d’I. scapularis d’origine humaine soumises en surveillance passive par RSS d'origine des tiques et proportion de tiques positives pour Borrelia burgdorferi (Bb), Québec, 2019

Figure 2 - Nombre d’I. scapularis d’origine humaine soumises en surveillance passive par RSS d'origine des tiques et proportion de tiques positives pour Borrelia burgdorferi (Bb), Québec, 2019

Tableau 2 – Caractéristiques des Ixodes scapularis prélevées sur les humains et animaux n’ayant pas voyagé hors de leur RSS de résidence et soumises en surveillance passive au LSPQ, Québec, 2019

RSS d'origine des tiques

Nombre d’I. scapularis
selon l’origine

Nombre d’I. scapularis
selon le stade1

Nombre 
d’I. scapularis positives à
B. burgdorferi
(Nombre testées)2

Nombre de soumissions multiples3
d’I. scapularis

 

Humain

Animal

Adulte

Nymphe

Humain

Animal

 

Bas-Saint-Laurent

22

19

41

0

7 (21)

7 (19)

1

Saguenay–Lac-Saint-Jean

18

29

45

2

5 (18)

5 (29)

1

Capitale-Nationale

52

-

52

0

12 (46)

-

0

Mauricie et Centre-du-Québec

162

-

151

11

25 (157)

-

0

Estrie4

348

-

310

37

97 (331)

-

2

Montréal

74

-

72

2

20 (66)

-

2

Outaouais

213

-

192

20

34 (201)

-

2

Abitibi-Témiscamingue

4

7

11

0

0 (3)

2 (7)

0

Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine

9

24

33

0

0 (9)

5 (23)

0

Chaudière-Appalaches

56

0

54

2

13 (56)

-

1

Laval

29

-

29

0

8 (27)

-

2

Lanaudière

43

-

43

0

9 (40)

-

0

Laurentides

60

-

57

3

6 (57)

-

0

Montérégie

239

-

227

12

61 (225)

-

6

Total

1 329

79

1 317

89

297 (1 257)

19 (78)

17

Une tique soumise en Estrie et une autre en Outaouais avec stade inconnu.
2 Les tiques trop détériorées ou conservées de façon inadéquate ne sont pas testées pour la présence de pathogènes (n = 18). Le % de tiques infectées est calculé par rapport au nombre de tiques testées.
3 Une soumission multiple correspond à une soumission où il y a plus d’une tique sur le même animal ou humain.
4 La surveillance des tiques d’origine humaine a cessé dans certains secteurs de l’Estrie depuis 2015 (Maladie de Lyme – Analyse des tiques, LSPQ).
5 Afin d’optimiser les avantages de chaque mode de surveillance et de respecter les capacités des laboratoires, la surveillance acarologique passive d’origine animale a été arrêtée dans les dix RSS où la surveillance active est effectuée (Maladie de Lyme – Analyse des tiques, LSPQ).
Source : LSPQ et LNM, 2019

Surveillance acarologique active

La surveillance acarologique active consiste à collecter les tiques dans l’environnement en utilisant la méthode de la flanelle, entre mai et octobre. Les sites où les collectes de tiques ont lieu sont sélectionnés au printemps par le groupe d’experts sur les maladies transmises par les tiques et l’équipe de l’Université de Montréal, en se basant sur les données de surveillance des années précédentes. Comme pour la surveillance passive, les tiques sont identifiées (espèce, stade) au LSPQ, puis les Ixodes scapularis sont envoyées au Laboratoire national de microbiologie (LNM) pour vérifier la présence de Borrelia burgdorferi.

En 2019, la surveillance active du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a été effectuée dans dix RSS avec 97 sites visités, réparties dans 83 municipalités, auxquels s’ajoutent des sites échantillonnés dans le cadre de projets utilisant le même protocole de collecte de tiques, pour un total de 151 sites visités dans onze RSS (Tableau 3). Les sites ont été échantillonnés 1 à 2 fois au cours de l’été.

Pour l’ensemble des sites échantillonnés (n=151), 423 tiques Ixodes scapularis ont été collectées (71 larves, 223 nymphes, 129 adultes) dans 48 des sites échantillonnés (Tableau 3). Des tiques Ixodes scapularis ont été collectées pour la première fois par la méthode de la flanelle dans la RSS Capitale-Nationale. Des tiques positives à Borrelia burgdorferi ont été identifiées dans 16 sites, soit un total de 19 % de tiques positives (68 tiques Bb+/ 352 tiques testées).

Tableau 3 – Nombre de sites échantillonnés et nombre total de tiques Ixodes scapularis collectées en surveillance acarologique active et dans le cadre de projets selon la RSS, Québec, 2019

RSS

Nombre de sites avec I. scapularis (Nombre de sites visités)

Nombre de Larves1

Nombre de nymphes2

(positives pour B. burgdorferi)

Nombre d'adultes2

(positives pour B. burgdorferi)

Bas-Saint-Laurent

0 (3)

0

0 (0)

0 (0)

Capitale-Nationale

2 (11)

0

1 (0)

1 (0)

Mauricie et Centre-du-Québec

4 (18)

1

6 (1)

2 (0)

Estrie

8 (20)

8

42 (5)

15 (6)

Montréal

3 (8)

0

24 (3)

31 (13)

Outaouais

6 (20)

0

49 (2)

10 (0)

Chaudière-Appalaches

6 (32)

5

3 (0)

5 (1)

Laval

2 (3)

0

4 (0)

3 (0)

Lanaudière

3 (9)

37

19 (3)

0 (0)

Laurentides

4 (9)

2

10 (0)

1 (0)

Montérégie

10 (18)

18

65 (9)

61 (25)

Total

48 (151)

71

223 (23)

129 (45)

1 Les larves ne sont pas testées pour la présence d’agents pathogènes.
2 Toutes les nymphes et tous les adultes ont été testés pour Bb.
Source : INSPQ/Université de Montréal/LSPQ/LNM, Conseil de la Nation huronne-wendat, Canadian Lyme Disease research network (ClyDRN).

Autres agents pathogènes transmis par les tiques

D’autres maladies transmises par les tiques sont à déclaration obligatoire au Québec : babésiose à Babesia microti, encéphalite de Powassan et Anaplasmose à Anaplasma phagocytophilum. En 2019, un cas d’anaplasmose a été confirmé. Ce cas a été acquis au Québec. Un cas de babésiose a également été confirmé, mais le cas a été acquis à l’extérieur du Québec.

D’autres agents pathogènes sont également recherchés dans les tiques collectées par la surveillance acarologique (passive et active). Parmi les tiques collectées en surveillance passive et active, 24 étaient positives pour Anaplasma phagocytophilum, 2 pour Babesia microti, 6 pour Borrelia miyamotoi et 0 pour le virus de Powassan (Tableau 4).

Tableau 4 – Nombre de sites échantillonnés et nombre total de tiques Ixodes scapularis collectées en surveillance acarologique active et dans le cadre de projets selon la RSS, Québec, 2019

Agents pathogènes recherchés Nombre d'I. Scapularis positives Localisation (RSS)
Anaplasma phagocytophilum 24 Bas-Saint-Laurent, Saguenay-Lac-Saint-Jean, Capitale-Nationale, Mauricie et Centre-du-Québec, Estrie, Gaspésie, Chaudière-Appalaches, Laurentides, Montérégie
Babesia microti 2 Mauricie-et-Centre-du-Québec, Estrie
Borrelia miyamotoi 6 Estrie, Outaouais, Laurentides, Montérégie
Virus de Powassan 0 na

Source : Surveillance passive et active.

Intégration des données de surveillance

Niveaux de risque des municipalités du Québec

Les données de surveillance humaine et acarologique recueillies chaque année permettent de déterminer le niveau de risque d’acquisition de la maladie de Lyme pour les municipalités du Québec. Des données issues de projets utilisant le même protocole de collecte de tiques, sont également utilisées pour déterminer les niveaux de risque. Les critères des niveaux de risque ont été définis par le groupe d’experts sur la maladie de Lyme (INSPQ, 2019) et sont précisés sur le site web de l’INSPQ. Au final, le niveau de risque par municipalité est disponible sous forme de carte interactive, carte PDF et liste PDF, disponibles sur le site web de l’INSPQ, et mis à jour à chaque année.

En 2019, 108 municipalités répondent au niveau « risque présent » et 73 au niveau « risque significatif ». Certaines municipalités ont vu leur niveau de risque changer par rapport à 2018 : 21 sont devenues à risque présent réparties dans les RSS Capitale-Nationale, Mauricie et Centre-du-Québec, Estrie, Outaouais, Chaudière-Appalaches, Lanaudière, Laurentides, Montérégie et 14 à risque significatif, dans les RSS Estrie, Outaouais, Laurentides et Montérégie. La RSS des Laurentides a enregistré une première municipalité à risque significatif.

Source : INSPQ/UdeM/LSPQ/LNM, CNHW, CLyDRN.

Recommandation pour la prophylaxie postexposition (PPE)

Les données de surveillance humaine et acarologique recueillies chaque année permettent de recommander l’utilisation de la PPE dans certains CLSC. Les critères d’accès à la PPE ont été définis par le groupe d’experts sur la maladie de Lyme (INSPQ, 2017).

En 2019, deux nouveaux CLSC (en Montérégie et en Estrie) s’ajoutent à la liste des CLSC avec recommandation de la PPE par rapport à 2018. La liste des CLSC est disponible sur la page web du MSSS et mis à jour chaque année.

Source : INSPQ/UdeM/LSPQ/LNM, SAT, CNHW, CLyDRN.


AUTEUR
Comité scientifique sur les zoonoses et l’adaptation aux changements climatiques

Najwa Ouhoummane, Ph. D., INSPQ
Roxane Pelletier, D.M.V., M. Sc., INSPQ
Marion Ripoche, Ph. D., INSPQ
Stéphanie Jodoin, M. Sc., MSSS

AVEC LA COLLABORATION DE
Colette Gaulin, MD, M.Sc., MSSS
Anne Kimpton, M. Sc., chef d’unité, INSPQ
Marie-Andrée Leblanc, B. Sc. Inf., MSSS
Nadine Magali-Ufitinema, M. Sc., MSSS
Hervé Menan, Pharm., Ph. D., LSPQ, INSPQ
Karine Thivierge, Ph. D., LSPQ, INSPQ

SOUS LA COORDINATION DE
Geneviève Germain, M. Sc., INSPQ

REMERCIEMENTS
Sincères remerciements à Camille Guillot et Patrick Leighton (UdeM), Robbin Lindsay (LNM), Philippe Berthiaume (CNHW), le Canadian Lyme Disease research network, Karl Forest-Bérard (SAT, INSPQ), Matthieu Tandonnet (BIESP, INSPQ), le groupe d'experts sur les maladies transmises par les tiques de l’INSPQ.

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