Les variants du SRAS‑CoV‑2

La vigie des mutations qui s’accumulent naturellement dans le génome du SRAS‑CoV‑2 est une priorité de santé publique. Elle vise à informer la prise de décision dans la lutte contre la COVID‑19.

L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) mène des activités de vigie génomique et des études épidémiologiques sur les variants du SRAS‑CoV‑2, afin d’évaluer leurs impacts, entre autres sur le dépistage, la transmission, la gravité de la COVID‑19 et la réponse aux vaccins.


L’émergence de variants n’est pas nouvelle

Le SRAS-CoV-2 est un virus à acide ribonucléique (ARN) qui contient un génome d’environ 30 000 nucléotides et 29 protéines virales connues à ce jour. Lorsque le virus se réplique dans les cellules de l’hôte infecté, il recopie son matériel génétique en introduisant parfois des mutations. Ces mutations sont des erreurs de copie, et la plupart sont sans conséquence. Mais avec le temps, lorsqu’un nouvel assortiment de mutations se retrouve dans plusieurs virus de SRAS‑CoV‑2 et constitue un groupe homogène, on parle alors de nouveau variant ou nouvelle lignée du virus. Ces changements sont normaux dans l’évolution du virus et actuellement, des milliers de variants de la souche initiale circulent dans le monde.

Durant la première vague de la COVID‑19, la plupart des mutations détectées ne semblent pas avoir eu d'impact significatif sur les caractéristiques du virus. Mais au fil du temps, elles s’additionnent et certaines se répandent, car elles apporteraient un avantage évolutif pour le virus. Depuis décembre 2020, cinq variants du SRAS‑CoV‑2 ont émergé et ont été classés comme préoccupants par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) : Alpha, Bêta, Gamma, Delta et Omicron. Ces variants, et leurs sous-lignées, font l’objet d’une surveillance mondiale rehaussée, parce qu’ils sont plus contagieux et associés à un risque accru de maladie grave (hospitalisation) comparativement aux autres variants en circulation dans le monde. Certains pourraient aussi avoir un impact négatif sur l’efficacité des vaccins contre la COVID‑19.


Qu’est-ce qu’un variant?

Un variant est un sous-type de virus dont le génome diffère par une ou plusieurs mutations. Au sens strict du terme, un variant a subi plusieurs mutations susceptibles de modifier ses caractéristiques virologiques ou épidémiologiques, par exemple une plus grande facilité à se transmettre par rapport aux autres versions du virus. Pour l’analyse, des arbres phylogénétiques sont créés afin d’observer les différentes branches (ou lignées) du SRAS‑CoV‑2 qui découlent de la souche initiale.

Au Québec, dans le cadre de la vigie génomique du SRAS‑CoV‑2, les variants qui font l’objet d’une attention particulière sont classés en deux catégories : « variant préoccupant » ou « variant d’intérêt », selon le niveau de preuve scientifique d’un impact épidémiologique ou clinique chez l’humain (voir Définitions ci-dessous). Les autres variants en circulation ne font pas l’objet d’une action rehaussée de santé publique, mais sont suivis pour détecter l’émergence d’un nouveau variant indigène ou importé.

Lorsqu’un échantillon clinique est positif pour la COVID‑19 et que la charge virale est suffisamment élevée, des analyses supplémentaires (criblage ou séquençage du génome entier) peuvent être réalisées par les laboratoires de biologie médicale désignés du réseau de la santé pour déterminer s’il s’agit d’un variant préoccupant ou d'intérêt.


La vigie des variants du SRAS‑CoV‑2 au Québec

L’INSPQ et son Laboratoire de santé publique du Québec (LSPQ) pilotent le Programme de surveillance des variants de la COVID‑19 au Québec. Ce programme démarré dès avril 2020 et rehaussé en janvier 2021 visait à séquencer au moins 65 000 échantillons cliniques positifs pour la COVID‑19 par détection d'acides nucléiques d’ici la fin de l’année 2021. L’objectif est de séquencer, de façon hebdomadaire, au moins 10 % de tous les échantillons positifs afin de dresser le portrait des variants en circulation et de détecter de nouveaux variants susceptibles de nécessiter une intervention de santé publique. Le LSPQ fait aussi du séquençage ciblé, entre autres chez les cas jugés prioritaires tels que les voyageurs en provenance de l’extérieur du Canada.

Identifier les variants : le criblage et le séquençage

Une partie des échantillons cliniques positifs pour la COVID‑19 peut faire l’objet d’analyses complémentaires afin de détecter la présence de variants préoccupants. Des tests d’amplification des acides nucléiques (TAAN) de criblage ont été largement utilisés au Québec afin de détecter rapidement les mutations dites « signatures » de certains variants et suivre l’émergence de nouveaux variants sur le territoire, notamment la montée fulgurante du variant Omicron qui est devenu dominant au Québec en décembre 2021. Après ce criblage, une portion des échantillons sont ensuite acheminés au LSPQ et chez ses partenaires pour poursuivre l’analyse par séquençage du génome entier.

Le criblage de tous les échantillons positifs au SRAS-CoV-2 pour rechercher un variant préoccupant particulier n’est pas nécessaire lorsqu’un variant devient dominant dans une population, comme c’est le cas actuellement avec le variant Omicron. Toutefois, il est utile de faire du criblage ponctuel pour suivre sa prévalence et anticiper l’impact d’Omicron sur les hospitalisations. Actuellement, le criblage continue d’être utilisé pour une petite proportion d’échantillons positifs au SRAS-CoV-2, notamment chez les patients hospitalisés en raison de la COVID-19.

Le séquençage d’une partie des échantillons positifs pour la COVID‑19 est une activité essentielle pour dresser le portrait des variants circulant au Québec. Elle permet aussi de détecter les nouvelles mutations pouvant altérer les propriétés biologiques et la détection du virus.

Il faut savoir que le séquençage est une opération coûteuse, longue et complexe qui permet de décoder le génome du virus et d’identifier la lignée d’appartenance du variant.

La recherche scientifique sur les variants

Les experts de l’INSPQ et les partenaires académiques mènent trois types d’études.

  • Des études phylogénétiques pour dresser le portrait des variants circulant au Québec et les événements d’introduction.
  • Des études épidémiologiques pour identifier les variants susceptibles d’augmenter la transmission ou la gravité de la maladie et caractériser les réinfections et les échecs vaccinaux au Québec.
  • Des études fonctionnelles (en laboratoire) pour mieux comprendre en quoi les changements du virus affectent sa réplication, son affinité pour le récepteur cellulaire ACE2, sa transmission, sa pathogénèse, sa réponse aux vaccins et la performance des tests diagnostiques.

Les experts réalisent aussi une veille des études scientifiques sur les variants du SRAS‑CoV‑2 identifiés ailleurs dans le monde.

Données sur les variants de SRAS‑CoV‑2

L'INSPQ publie quotidiennement une mise à jour des données sur les variants.


Variants préoccupants

À ce jour, cinq variants du SRAS‑CoV‑2, c’est-à-dire, Alpha (B.1.1.7 et sous-lignées Q.*), Bêta (B.1.351 et sous-lignées B.1.351*), Gamma (P.1 et sous-lignées P.1.*), Delta (B.1.617.2 et sous-lignées AY.*) et Omicron (B.1.1.529 et sous-lignées BA.*) sont considérés comme des variants préoccupants et font l’objet d’une surveillance rehaussée en raison des impacts qu’ils pourraient avoir sur l’évolution de la pandémie de COVID‑19. Selon les études disponibles, ces variants sont plus transmissibles et associés à un risque accru de maladie grave (hospitalisation), de réinfections ou d’infections post-vaccination comparativement aux autres variants en circulation.

Variant Alpha (B.1.1.7 et sous-lignées Q.*)

Émergence : Royaume-Uni, septembre 2020
Présence au Québec depuis le 20 décembre 2020

Entre les mois de février et juin 2021, le variant Alpha a été responsable de la plupart des nouvelles infections dans plusieurs pays à travers le monde, dont le Canada. Selon certaines études, il serait de 1,4 à 1,8 fois plus transmissible et de 1,1 à 1,7 fois plus virulent (risque d’hospitalisation) comparativement aux autres souches du virus alors en circulation. Toutefois, ce variant n'est généralement pas associé à un risque accru de maladie grave et de mortalité. D’autres études sont nécessaires pour confirmer ces résultats. Par ailleurs, le risque de réinfection par le variant Alpha serait similaire à celui des autres variants communs.

Selon les études cliniques, les vaccins contre la COVID‑19 seraient tout aussi efficaces contre les infections (vaccins à ARNm, 70 à 100 %), les formes sévères de la maladie (vaccin à ARNm, 92 à 98 %) et les décès (vaccin à ARNm, 91 à 98 %) causés par ce variant.

Variant Bêta (B.1.351 et sous lignées B.1.351.*)

Émergence : Afrique du Sud, octobre 2020
Présence au Québec depuis le 9 février 2021

Le variant Bêta serait 1,5 fois plus transmissible que les autres variants communs. Il aurait causé une augmentation de la mortalité en milieu hospitalier durant la deuxième vague (comparativement à la première) en Afrique du Sud. Les études sur la transmission et les impacts de ce variant en Afrique du Sud sont limitées. Des données européennes, rapportent que ce variant serait 3,6 fois plus virulent (risque d’hospitalisation) comparativement aux autres variants non préoccupants en circulation durant la même période.

Selon les études cliniques, les vaccins seraient tout aussi efficaces contre les infections symptomatiques (vaccin à ARNm, 84 à 88 %) et les formes sévères de la maladie (vaccin à ARNm, 96 %) causées par ce variant.

Variant Gamma (P.1 et sous lignées P.1*)

Émergence : Brésil, janvier 2021
Présence au Québec depuis le 6 mars 2021

Le variant Gamma a été identifié pour la première fois chez des voyageurs en provenance du Brésil qui ont été testés lors d'un dépistage de routine dans un aéroport au Japon, au début janvier 2021. Les études menées au Brésil (ville de Manaus), ont établi que le variant Gamma serait de 1,8 à 2,5 fois plus transmissible que les variants communs. À ce jour, les études sur la transmission et les impacts de ce variant au Brésil sont limitées. Selon des données européennes, il serait 2,6 fois plus virulent (risque d’hospitalisation) que les autres variants non préoccupants en circulation durant la même période.

Selon les études cliniques, les vaccins seraient tout aussi efficaces contre les infections symptomatiques (vaccins à ARNm, 84 à 88 %) causées par ce variant.

Variant Delta (B.1.617.2 et sous lignées AY.*)

Émergence : Inde, septembre 2020
Présence au Québec depuis le 26 avril 2021

Le variant Delta a été identifié pour la première fois en Inde en septembre 2020 et il a été dominant entre la fin juillet et la mi-décembre au Québec.  Comparativement au variant Alpha, le variant Delta serait de 1,4 à 1,6 fois plus transmissible et de 1,5 à 2,2 fois plus virulent (risque d'hospitalisation ou d’admission aux soins intensifs) chez des individus majoritairement non vaccinés.

L’efficacité des vaccins approuvés au Canada pour prévenir les infections symptomatiques liées au variant Delta demeure élevée (vaccin à ARNm, 87 à 88 %), mais semble diminuée par rapport au variant Alpha. Une haute efficacité vaccinale contre les hospitalisations liées au variant delta est toutefois maintenue (75 à 97 %).

Variant Omicron (B.1.1.529 et sous lignées BA.*)

Émergence : Afrique du Sud, novembre 2021
Présence au Québec depuis le 29 novembre 2021

Le variant Omicron (B.1.1.529) a été détecté le 24 novembre 2021 en Afrique du Sud et désigné variant préoccupant par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) le lendemain en raison de l’augmentation exponentielle des cas de la COVID-19 déclarés. Le premier cas au Québec a été confirmé par séquençage du génome le 29 novembre 2021. Le variant Omicron a rapidement supplanté le variant Delta et il est désormais largement dominant au Québec.

Ce variant inquiète en raison des nombreuses mutations dans son génome, dont 26 à 32 dans la protéine de spicule (Spike). Plusieurs de ces mutations sont associées à une infectiosité accrue ou à un échappement immunitaire, c’est-à-dire une résistance partielle aux anticorps induits par la vaccination ou une infection naturelle par le SRAS-CoV-2.

Le variant Omicron est beaucoup plus transmissible que le variant Delta, avec un temps de doublement de 1,5 à 3 jours. Il résiste aussi davantage aux vaccins.

Les études internationales rapportent un risque réduit d’hospitalisation avec le variant Omicron d’environ 40-80 % dans des populations protégées par la vaccination ou une immunité naturelle. De plus, les cas d'Omicron sont majoritairement retrouvés chez les jeunes adultes, moins à risque de complications et d’hospitalisation. Une étude ontarienne fait état d’un risque d’hospitalisation ou de décès inférieur de 54 % pour le variant Omicron par rapport au variant Delta.

Il existe encore peu de données sur la gravité clinique d’Omicron.

 

En plus de ces cinq variants classés « préoccupants », d’autres variants classés « d’intérêt » par l’OMS sont également sous surveillance au Québec, dont les variants Lambda (C.37, émergence du Pérou) et Mu (B.1.621, émergence de Colombie). Pour l’instant, rien n’indique qu’ils sont préoccupants au Canada.


Des vaccins efficaces

Les vaccins contre la COVID‑19 offerts au Canada sont efficaces pour diminuer le risque d'infection au SRAS‑CoV‑2, limiter la transmission du virus, et en cas d’infection, protéger contre les formes graves de la maladie en diminuant le risque d’hospitalisation et de décès.

Dans le contexte où le variant Omicron est devenu dominant au Québec, le risque d’être hospitalisé pour la COVID‑19 est beaucoup plus faible chez les personnes adéquatement vaccinées comparativement aux personnes non vaccinées.

La grande majorité des personnes vaccinées au Canada et au Québec l'ont été avec deux doses de vaccin à ARNm de Pfizer-BioNTech (ComirnatyMD) ou de Moderna (SpikevaxMD). Toutefois, les données récentes indiquent que le variant Omicron résiste à l’immunité induite par deux doses de vaccin.

Une 3e dose de vaccin augmente significativement la protection contre les infections (efficacité d’environ 75 %) et probablement celle contre les hospitalisations (environ 80 % à 85 %, selon une modélisation) dues à Omicron. Toutefois, l’efficacité vaccinale (contre le développement de maladies symptomatiques) d’une dose de rappel semble décliner au bout de 10 semaines. Un suivi étroit est en cours au Québec pour monitorer comment la protection conférée par les vaccins contre la COVID‑19 se maintient dans le temps.


Pour en savoir plus

Nouvelles de l'INSPQ

Définitions

Criblage : Analyse ciblant des mutations spécifiques ou communes à un variant.

Génome : L'ensemble de l’information génétique d'un organisme

Lignée : Un ensemble de virus descendants d’une même souche virale ancestrale.

Mutation : Tout changement dans la séquence génétique du virus qui se produit lors de sa multiplication dans une cellule hôte.

Phylogénie : Étude des liens génétiques existant entre espèces apparentées.

Variant : Sous-type de virus dont le génome diffère par une ou plusieurs mutations de celui de référence.

Variant préoccupant : Variant ayant un impact épidémiologique ou clinique démontré sur la gravité de la maladie, la transmissibilité du virus ou l’efficacité vaccinale.

Variant d’intérêt : Variant ayant un impact épidémiologique ou clinique potentiel sur la gravité de la maladie, la transmissibilité ou l’efficacité vaccinale (par exemple, en raison de la présence de mutations communes aux variants préoccupants).

Séquençage : Le séquençage permet de déterminer le génome entier du virus pour identifier les mutations qui définissent les variants.

Dernière mise à jour : 

7 janvier 2022